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Chronique d'Archy Lane

La chronique d'Archy Lane

7
sept.
2015

BORDEAUX 1- MARSEILLE 0

Mon dernier s’appelait « Adieu Lescure ».    

 
J’ai bien eu la chance de participer aussi au premier du nouveau et ce fut fort brillamment réussi face à une équipe qui avait décidé de ne pas gâcher la fête. J’aurai pu appeler celui-ci d’ailleurs « Bonjour le nouveau stade de Bordeaux ». Pour montrer aux décideurs l’immensité du ridicule de ce qu’on appelle d’un anglicisme bien laid le naming. 
 
La classe se trouve ailleurs. A Dortmund où l’on réduit le débit internet dans les stades afin que supporters et spectateurs se concentrent plus sur le soutien de l’équipe et moins sur les soi-mêmes postés frénétiquement sur visage-livre, touiteur et autres dont je ne connais pas le nom. 
 
La classe se trouve ailleurs. A Buenos Aires, où le stade s’appelle El Monumental Antonio Vespucio Liberti et où un soir de finale retour de Copa Libertadores, on titularisa Cavegoal et lui remis le brassard de capitaine, juste parce que c’est comme ça, on ne maltraite pas une légende, contrairement à l’OM époque Tigana. Le titre vient de cette finale qui voyait à l’autre bout d’un monde sphérique, un duel entre deux avant-centres ayant joués dans notre championnat, l’un chez nous, l’autre chez les sardines. Merci pour tout Fernando, merci Monsieur Cavenaghi.
 
Le nouveau stade de Bordeaux mérite mieux comme nom. Certes, il ne nous appartient pas et cela se voit très rapidement. Il est calibré pour faire gagner des montagnes d’or aux Midas qui le gèrent. Kebab frites à huit euros, bière à six euros sans le verre ! Je me suis laissé dire par une ânesse allemande répondant au doux nom de Giséla (prononcer Guiséla) et sentant la luzerne fraîche que le houblon depuis se prenait pour le roi des végétaux et qu’il refusait dorénavant de se laisser mastiquer par des animaux incarnant d’autres valeurs que les siennes.
 
Certes, l’ambiance y est désormais à couper le souffle lorsque le virage se met à chanter et le stade semble sur la bonne voie pour s’enflammer, le jour où nos joueurs montreront de l'envie sur le terrain. De plus Le nouveau stade de Bordeaux est une véritable réussite esthétique et avec une gueule pareille il aurait dû s’appeler L’Immense Alain Giresse. Cela aurait été à la fois un hommage au plus grand joueur formé au club et un clin d’œil à un stade sud-américain dont je viens de vous entretenir et dont nous avons partagé quelques joueurs dont un qui fut champion dans les deux.
 
Dans ce nouvel écrin nous pourrions avoir un diamant. Un de ces joueurs dont le nom attire les foules. Apparemment nos dirigeants n’en ont cure. Si Gourcuff signe ailleurs en France, je déverse des tonnes de carottes devant le château. C’est quand même hallucinant d’avoir ce mec libre et de ne rien faire pour le faire revenir. C’est quand même hallucinant de ne pas faire le forcing pour un joueur d’une telle qualité, adulé par la majorité écrasante du public. C'est quand même hallucinant de ne rien faire, de ne toujours rien faire, d'attendre qu'une rumeur pourri l'envoyant vers la méditerranée se retrouve avérer et laisse dans l'âme et le cœur d'un ami ultra Nîmois un trou béant et une colère légitime. 
 
Nos dirigeants attendent, comme pour Lindsay Rose l'année dernière, notre entraîneur attend que l'équipe s'éveille – car on ne peut bien sur pas parler de réveil – et l'équipe attend la fin des quatre vingt dix minutes pour rentrer chez elle. Et moi j'attends autre chose du club qui m'a fait aimer le football. J'attends autre chose qu'une défaite si vite arrivée, au troisième match dans notre nouvel antre ! J'attends autre chose comme défense qu'un capitaine de réserve associé à un bon joueur de ligue deux. J'attends autre chose que des ronds de jambes et des atermoiements sur le futur d'une ancienne gloire du club, libre et qui nous tend les bras.
 
La passion, le risque, le football engagé et offensif sont ce qu'il me faut pour vibrer dans Kz biycz y qr sz sz Viesz yw – on ne pourra pas dire que je ne réfléchis pas à trouver un nom à ce stade ! Il va évidemment de soi que lorsque je parle de risque, ce n'est pas un clin d’œil à la charnière centrale sus-nommée ! Je parle de celui qui amène Mark Noble, le capitaine de West Ham, à faire le pitre derrière Arsène Wenger pendant l'interview post-traumatique du technicien français, après que les Marteaux aient donné une leçon de football à des canonniers en fer blanc. Je parle de celui que Mikel San Jose a pris pour le premier but de Bilbao lors de la victoire des Gorri Ta Zuria sur Barcelone en Super Coupe d'Espagne. Je parle de celui qui fait que finalement il y a trente mille spectateurs de moyenne et non quatorze mille en grattant les fonds de tiroirs.
 

Illustration

A propos de l'auteur

Prénom : Archy / Nom : Lane

De la famille des équidés un peu durs de la tête, j’aime trop ce sport pour laisser des humains le détruire à coup de droit à l’image et de rentabilité en baissant les oreilles. Je suis supporter bordelais depuis Giresse et Tigana mais aussi Hammers depuis Joe Cole et pour moi rien ne vaut l’ambiance d’un match. C’est bon, ça me hérisse la crête.

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